Eiko

J’ai commencé à découvrir l’exigent catalogue des éditions du Lézard Noir avec Suehiro Maruo, très caractéristique de leur ligne « avant-garde et japonisme décadent ». Rien d’étonnant à trouver, aux côtés de Maruo, les mangas perturbants d’Akino Kondoh. Eiko (sous-titré « Manuel de conduite des lycéennes ») est un ensemble de courts récits qui évoquent le quotidien de quelques jeunes filles. Yôko, l’héroïne de la première histoire, paraît souffrir de narcolepsie et d’hallucinations. Au fil des planches, elle se traîne de case en case, le corps tordu, en équilibre instable, au milieu de ses camarades qui se confondent avec des motifs décoratifs. Plus loin, Yukari donne un devoir de vacances à ses amis d’enfance avant de quitter la ville où ils ont grandi : « Revivre l’expérience la plus terrifiante qu’a vécue chacun de nous, enfant, dans cette ville ». C’est l’occasion d’une série d’histoires brèves et troublantes : l’une guette la métamorphose des fourmis en papillons, l’autre a tué un chat par mégarde…

Planche eiko

En réalité, « histoire » et « récit » caractérisent mal le style de Kondoh. Elle compose des scènes déliées, souvent extravagantes, où s’enchaînent des sensations plutôt que des événements. Son trait semble pouvoir s’étirer, se distordre jusqu’à ce que le moindre élément du dessin ait l’air de grimacer. Eiko ressemble aux rêves inquiétants qui ne sont pas assez terrifiants pour être appelés cauchemars mais qui laissent au réveil une impression de malaise. En essayant de résumer ce manga, on en parlerait comme d’un rêve de ce genre : « Je titubais, les couloirs s’allongeaient et les visages autour de moi se déformaient… une grenouille avait pondu des œufs sur le dos de ma main… ils étaient incrustés dans la peau comme des pierres précieuses, mais vivants… et je les léchais pour qu’ils ne meurent pas… puis des insectes géants aspiraient le sucre sur mon dos… »

 

Kondoh n’est pas seulement une mangaka puissamment dérangeante : c’est aussi une artiste polyvalente dont on pourra découvrir quelques peintures dans la belle édition d’Eiko au Lézard Noir. D’autres travaux très variés sont visibles sur son site. À noter, le catalogue de l’éditeur comporte aussi une autre auteure que j’ai bien envie de découvrir : Miyako Maki.

 

Akino Kondoh, Eiko, éditions du Lézard Noir, [1998-2002] 2006 (traduction française).


Une réflexion sur “Eiko

  1. Entre Maruo et elle, j’ai encore de belles commandes à faire sur le Lézard, je n’ai pas encore lu le côté sombre du reptile, mais déjà plus que séduit par ses lumières Chiisakobé et le Vagabond de Tokyo.

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