Fantastic Plotte

Fantastic Plotte est le recueil bilingue des numéros de Dirty Plotte, un fanzine publié par la dessinatrice québécoise Julie Doucet entre 1988 et 1990. Qu’est-ce que c’est que plotte ? L’auteure s’occupe rapidement d’expliquer ce terme, dessin à l’appui, pour qui n’est pas familier de l’argot québécois :

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« Alors voilà, ça c’est une plotte. Mais encore… — Hé hé salut la plotte… — Mais, aussi : — Hé mec, mate cette plotte ! — Ouais ! … Pas trop mal ! — Vous savez, plotte est un mot très sale….. »

« Plotte » (contraction de pelote qui renvoie par analogie aux poils pubiens, nous apprend le dictionnaire), c’est donc un mot fleuri pour désigner tout à la fois une chatte, une pute et une meuf/zouz/poule/etc. On pourrait se lancer dans des traductions du titre Dirty Plotte, comme Minou Cracra, mais on va plutôt parler du recueil. Fantastic Plotte s’annonce comme « Fanzine féministe of bad taste » et tient ses promesses. Quand j’entends des commentateurs pontifier sur le « style féminin », la « délicatesse du dessin féminin », la « douceur », « l’élégance », la « subtilité », la « griffe typiquement féminine », j’ai envie de leur frotter la face avec la reliure grande ouverte de Fantastic Plotte. Julie Doucet, c’est l’indé le plus sale qui soit : tout, des thématiques au dessin en passant par l’écriture, est dégoûtant et jubilatoire. Personnages aux membres déglingués et malpoilus (comme dirait un collègue avisé), perspectives bricolées, hachures irrégulières, surfaces poussiéreuses, fonds douteux, tout ceci s’agite dans de formidables histoires de crottes de nez, de tsunamis menstruels, de recettes de cuisses de chatons grillées et de passion de Jésus. Ici, on voit Spock et Kirk prendre possession d’une planète en la noyant d’urine ; là, l’avatar de l’auteure lévite jusqu’aux toilettes, incapable de bouger parce que son tampon hygiénique est plein, et plus loin le même avatar vit une nuit d’amour torride avec une version à taille humaine d’une bouteille de sa bière préférée, après l’approche suivante : « Il faut que je parle à cette bouteille… mais comment l’aborder ? Hum, excusez-moi… je suis peintre… quand je vous ai vu !.. je me demandais si vous voudriez poser pour moi ? »

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En somme, un choix en forme de pied de nez pour terminer cette année de défi — car le Festival d’Angoulême a lieu en ce moment, ce qui signifie que ma contrainte est levée. Depuis un an, je n’ai acheté que des bandes dessinées faites par au moins une femme, et la collectionneuse en moi ne s’est pas sentie frustrée. J’ai tâché d’éviter les albums les plus connus pour faire découvrir à mes quelques lectrices et lecteurs des titres plus confidentiels. À cause d’un emploi du temps assez chargé, je n’ai pas chroniqué toutes les bandes dessinées que j’ai achetées cette année (pas même toutes celles que j’avais achetées au précédent festival !), et ce n’est pas faute d’idées (c’est la faute de la thèse). S’empilent encore sur mon bureau d’autres BD que j’aurais voulu pouvoir présenter avant la fin de ce défi : Dykes To Watch Out For d’Alison Bechdel, Fables nautiques de Marine Blandin, Luchadoras de Peggy Adam, Quoi de plus normal qu’infliger la vie ? d’Oriane Lassus, Relativité d’Audrey Hess, Le Bestiaire des fruits de Zviane, les magnifiques fanzines de Natalia Di Bernardo, la superbe « bande défilée » Phallaina de Marietta Ren… Alors ? À partir d’aujourd’hui, je peux de nouveau acheter des albums réalisés par des hommes, mais je garderai un œil sur la parité dans ma bibliothèque, parce que l’invisibilisation des femmes en bande dessinée ne s’est pas arrêtée par magie. Je continuerai donc, de temps en temps (c’est-à-dire au rythme que me permet la rédaction de ma thèse), à partager ici mes lectures. À très bientôt !

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